Si vous ne parlez pas à vos patients avant le rendez-vous, quelqu’un d’autre le fera à votre place.

Portrait de Mélilia Tabia, fondatrice de l'agende Metara.
Mélilia TABIA RAOULT
04.12.2025

En 2025, vos patients n’arrivent plus “neufs” en consultation. Ils ont déjà tapé leurs symptômes sur Google, scanné les avis Google du cabinet, vu un Reel sur TikTok qui parle d’implants, ou posé une question santé à une IA… avant même de franchir votre porte.

La vraie question n’est plus : « Est-ce que mes patients s’informent en ligne ? » Mais plutôt : « Sur quoi s’informent-ils… et sans moi ? »

Le réflexe n°1 : chercher ses symptômes avant d’appeler le cabinet

Pour une majorité de patients, le premier réflexe n’est plus le téléphone du cabinet, mais la barre de recherche.

Concrètement, ils :

  • tapent leurs symptômes ;
  • parcourent forums, blogs, sites plus ou moins fiables ;
  • arrivent en consultation avec déjà une hypothèse (parfois une certitude).

Conséquences pour vous :

  • vous ne commencez plus la consultation à zéro, mais avec un patient déjà inquiet, persuadé ou… complètement à côté de la plaque ;
  • le temps “perdu” à corriger de la mauvaise information peut rallonger votre consultation et alimenter la frustration des deux côtés.

En 2025, l’enjeu n’est pas d’empêcher vos patients de chercher en ligne. C’est de prévoir du temps pour déconstruire, réexpliquer et rediriger vers des sources fiables.

Avis Google, Doctolib & co : la réputation se construit avant le premier rendez-vous

Autre réflexe très installé : vérifier la “réputation numérique” du praticien avant de prendre rendez-vous.

Vos patients :

  • regardent vos avis Google (et parfois ceux des confrères autour) ;
  • comparent les photos (ou l’absence de photos) ;
  • consultent les informations pratiques : délais, accessibilité, horaires, mode de prise de RDV.`

Ce qu’il faut comprendre :

  • un cabinet sans avis ou avec des infos non mises à jour inspire aujourd’hui moins confiance qu’un cabinet avec quelques avis mitigés mais une présence claire et transparente ;
  • la page Doctolib / fiche Google / site Internet deviennent, pour beaucoup, la première “consultation silencieuse” : vos patients se font déjà une idée de vous.

Ne pas gérer sa présence en ligne en 2025, c’est laisser des plateformes, des patients (et parfois des rumeurs) construire votre image à votre place.

Les réseaux sociaux : entre éducation, comparaison… et anxiété

Sur Instagram, TikTok ou YouTube, vos patients voient :

  • des avant/après spectaculaires ;
  • des témoignages patients (souvent extrêmes, dans un sens ou dans l’autre) ;
  • des créateurs de contenu qui vulgarisent très bien… ou très mal ;
  • des conseils “miracles” qui banalisent certains actes ou, au contraire, les diabolisent.

Résultat :

  • les plus jeunes, surtout, comparent leur sourire, leurs dents, leur visage à des standards filtrés ;
  • certains arrivent avec un niveau d’exigence très élevé (“je veux exactement ce résultat vu sur TikTok”) sans comprendre les contraintes cliniques, biologiques ou financières ;
  • d’autres sont plus rassurés parce qu’ils ont vu des explications claires, des étapes, des témoignages positifs.

Les réseaux sociaux sont aujourd’hui un lieu d’éducation santé… mais aussi un amplificateur d’angoisses et de fausses promesses. Si vous n’êtes pas présent (ou si votre présence est inexistante), la narration de votre métier est laissée à d’autres.

L’IA santé : un “troisième avis” qui s’invite dans la relation patient–praticien

Nouveauté majeure de ces deux dernières années : le réflexe IA.

De plus en plus de patients posent leurs questions santé à des chatbots ou à des IA génératives : “Est-ce que ce symptôme est grave ?”, “Quel traitement pour… ?”, “Quels risques pour cette chirurgie ?”.


Ce qui change :

  • certains arrivent en consultation avec un pseudo-compte-rendu généré par une IA ;
  • d’autres vont revalider vos explications en rentrant chez eux, en les comparant à ce que “dit l’IA” ;
  • une minorité suit les recommandations de l’IA… sans les confronter à un professionnel.


Vous pouvez difficilement ignorer ce réflexe. Il devient essentiel de réexpliquer votre rôle : contextualiser, personnaliser, prioriser. Ce qu’aucun outil automatique ne peut vraiment faire à la place d’un clinicien.

Ce que ça implique pour vous, concrètement, en 2025


Face à ces nouveaux réflexes, vous avez deux options :

  • subir : corriger en permanence des informations erronées, être agacé des “diagnostics Google” et perdre du temps précieux ;
  • reprendre la main : intégrer ces habitudes dans votre façon de communiquer et dans votre organisation.

Quelques leviers concrets :


1. Parler de l’information en ligne en consultation
  • Demandez simplement : « Est-ce que vous avez déjà regardé des choses sur Internet à ce sujet ? »
  • Cela vous permet de voir d’où part le patient, plutôt que de découvrir en fin de consultation qu’il est parti sur une fausse piste.

2. Orienter vers des sources fiables
  • Sites institutionnels, associations, ressources que vous trouvez sérieuses.
  • Un mini-document ou un mail type “Pour aller plus loin, je vous recommande…” change énormément la suite du parcours d’information du patient.

3. Soigner vos “points de contact” numériques
  • Fiche Google à jour, quelques avis, informations claires sur votre site ou votre page.
  • Photos cohérentes avec la réalité du cabinet (pas des visuels génériques qui créent une promesse intenable).

4. Former l’équipe (assistantes incluses)
  • L’assistante dentaire est souvent la première personne à entendre : “J’ai vu sur Internet que…”, “On m’a dit sur un groupe Facebook que…”.
  • Si elle sait répondre, recadrer et rassurer avec les bons mots, elle devient une alliée essentielle de votre communication.

5. Clarifier votre position sur les réseaux sociaux
  • Vous n’êtes pas obligé de faire des danses sur TikTok.
  • Mais avoir une ligne simple – informer, rassurer, expliquer ce que vous faites et ce que vous ne faites pas – permet déjà de reprendre la main sur votre image et sur les attentes de vos patients.

Conclusion - Comment reprendre la main avant le rendez-vous

Vous ne pourrez pas empêcher vos patients de chercher sur Google, de regarder des Reels ou de poser des questions à une IA.

En revanche, vous pouvez faire en sorte qu’au moment où ils tapent votre nom, ce soit vous qui racontiez l’histoire.

Concrètement, reprendre le contrôle de l’image que le patient a de vous avant le rendez-vous, ça peut tenir en 4 piliers très simples :

1. Un “minimum vital” numérique maîtrisé
  • Une fiche Google propre, à jour, avec : spécialité, adresse, horaires, photo réaliste du cabinet.
  • Quelques avis récents (mieux vaut 15 avis authentiques que 0 ou 200 douteux).
  • Une page (site ou Doctolib) qui explique clairement ce que vous faites… et ce que vous ne faites pas.

2. Un message cohérent partout

Le patient ne voit pas vos outils séparément. Il voit un ensemble : Google, site, réseaux, accueil téléphonique, salle d’attente.

Si votre discours est cohérent partout – informations, ton, promesses – il arrive en consultation avec une image claire de qui vous êtes et de ce qu’il peut attendre.


3. Un “sas de préparation” avant la première consultation

Vous pouvez envoyer, automatiquement ou manuellement :

  • un court mail / SMS de bienvenue,
  • un lien vers une page « Comment va se dérouler votre rendez-vous »,
  • des ressources fiables pour répondre aux questions les plus fréquentes.

Résultat : le patient ne se prépare plus seul avec des contenus trouvés au hasard. Il se prépare avec vous, dans votre cadre, avec vos mots.


4. Une équipe alignée sur votre façon de communiquer

L’assistante, le secrétariat, l’hygiéniste, les collaborateurs… Tous participent déjà à votre image, que vous le vouliez ou non.

Les former à :

  • répondre aux “J’ai vu sur Internet que…” sans se braquer ;
  • rassurer sans promettre l’impossible ;
  • rediriger vers vos supports d’information ;

c’est transformer votre équipe en prolongement naturel de votre communication.


En 2025, reprendre le contrôle de l’image que le patient a de vous avant le rendez-vous, ce n’est pas “faire du marketing agressif”.

C’est simplement :

  • décider de ce que vous voulez que le patient ait compris de vous avant de s’asseoir sur le fauteuil ;
  • mettre quelques points de contact en place pour que ce message arrive jusqu’à lui ;
  • accepter que la communication fait désormais partie intégrante de la qualité de la prise en charge.

Le patient continuera à s’informer partout. Mais si vous devenez son point de repère, ce qu’il lit, ce qu’il voit et ce qu’il vit dans votre cabinet finira par raconter la même histoire.

La vôtre.

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